L’innovation sociale a-t-elle encore un avenir?
18 mars 2026
C’est avec cette question volontairement provocatrice que se sont ouvertes, à Montpellier, les Rencontres internationales de l’innovation sociale.
Du 7 au 14 mai, Marie-Christine Ladouceur-Girard et Loïc Nigen y représentaient la Maison de l’innovation sociale (MIS), aux côtés d’actrices et acteurs clés venus de toute l’Europe.
Dès les premières discussions, un constat s’impose.
L’innovation sociale est partout… mais à force d’être utilisée, elle semble parfois perdre de sa substance.
Dans plusieurs milieux, le langage de « l’impact » prend de plus en plus de place, souvent porté par des logiques entrepreneuriales individuelles. Une question traverse alors les échanges :
avons-nous perdu une part de l’audace et du pouvoir de transformation qui définissaient l’innovation sociale à ses débuts ?
Et pourtant.
Au fil des rencontres, une évidence se dessine.
Ce qui distingue encore profondément certaines approches, c’est leur capacité à embrasser la complexité, plutôt qu’à la contourner.
C’est précisément là que la MIS se démarque.
À Montpellier, puis à Lyon et Paris, nos échanges ont mis en lumière une force distinctive : notre capacité à relier l’innovation sociale et l’innovation publique.
Photo : Rencontre avec des représentants de la ville et de la Métropole de Montpellier et de la Région Occitanie, dans le sud de la France, où nous avons débuté notre mission pour participer aux Rencontres internationales de l’innovation sociale.
Une alliance encore peu répandue, mais essentielle.
Car c’est en travaillant à cette interface que l’on peut réellement agir à l’échelle des systèmes. Là où les défis sont les plus complexes et les plus déterminants.
Cela signifie réunir autour d’une même démarche des dizaines, parfois une centaine de parties prenantes.
Des organisations, des institutions, des citoyen-nes, aux intérêts parfois divergents… mais réunis pour transformer durablement une réalité.
Et cette capacité ne passe pas inaperçue.
Photo : Participants à la classe de maître de la MIS lors des Rencontres internationales de l’innovation sociale.
En France, nos projets menés avec les villes ont suscité un vif intérêt. Ils incarnent une manière d’agir qui combine rigueur, pragmatisme et ambition de transformation.
La mission s’est poursuivie à Paris, avec des rencontres stratégiques, notamment avec Maxime Baduel, au ministère de l’Économie et des Finances, ainsi qu’avec Office franco-québécois pour la jeunesse et l’Avise, acteur clé du développement de l’économie sociale et solidaire en France.
Ces échanges ont aussi permis de prendre la pleine mesure d’un écart structurant.
Photo : Rencontre avec Maxime Baduel, délégué général de l’état français chargé de l’économie sociale et solidaire, au ministère de l’Économie et des finances, et Jean-Francois Pascal, Adjoint du Délégué Ministériel en charge de l’économie sociale et solidaire
En Europe, l’innovation sociale bénéficie d’un niveau d’institutionnalisation impressionnant.
L’Espagne investit près de 400 millions de dollars en impact social.
Le Portugal déploie une stratégie nationale de plus de 250 millions.
Et la France mobilise plus de 600 professionnel·le·s à travers près de 200 programmes et une centaine d’incubateurs.
Face à ces chiffres, une conviction émerge.
Le Québec et le Canada ont beaucoup à apprendre de cette capacité à structurer et financer à grande échelle.
Photo : Rencontre avec Cécile Leclair, directrice générale, et Alexis Bouges, Responsable du pôle Innovation Sociale & Europe, AVISE, a pour mission d’accompagner le développement de l’économie sociale et solidaire
Mais l’inverse est tout aussi vrai.
Car là où l’Europe impressionne par ses moyens, le Québec se distingue par autre chose :
sa capacité à expérimenter, à connecter rapidement les acteurs, et à transformer concrètement des systèmes.
Alors, l’innovation sociale a-t-elle encore un avenir ?
La réponse, après cette mission, semble claire.
Oui, à condition de rester fidèle à ce qui fait sa force.
Oser la complexité.
Créer des ponts là où il y a des silos.
Et surtout, ne jamais perdre de vue l’ambition de transformer en profondeur.
Merci Les Scop et Scic Occitanie Méditerranée, Alter’Incub Occitanie Méditerranée pour l’invitation et à la Délégation générale du Québec à Paris (DGQP) pour son soutien.